Première · Histoire-géographie

Contrôle n°5 — La IIIe République avant 1914 : un régime politique, un empire colonial

Devoir synthétique sur la consolidation de la République en France et la construction de l'empire colonial, mêlant connaissances pures et analyse de discours.

1h30 · Moyen · 2 exercices · Barème sur 20 points

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Sujet

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Exercice 1Développement construit (10 points)

Sujet : En vous appuyant sur des exemples précis, montrez comment la IIIe République s'est enracinée en France entre les années 1880 et 1914. Votre réponse devra être structurée et aborder au moins deux aspects (ex : lois fondatrices, symboles, éducation, affrontements).

Exercice 2Analyse comparée de deux documents sur la colonisation (10 points)

Document A : Extrait d'un discours de Jules Ferry à la Chambre des députés, 28 juillet 1885. « Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Elles ont le devoir de les civiliser. [...] Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit parce qu'elles ont un devoir. Le devoir de civiliser les races inférieures. » Document B : Extrait du journal « L'Humanité », Jean Jaurès, 1904. « Cette colonisation, que l'on présente comme une œuvre civilisatrice, est en réalité une entreprise de conquête et d'exploitation. Elle repose sur la violence, le mépris des autres peuples et la recherche du profit pour une minorité. Elle est contraire aux principes mêmes de la République. » Questions : 1. Présentez le contexte des deux documents. Qui sont Jules Ferry et Jean Jaurès ? (2 points) 2. Relevez et expliquez l'argument principal de chacun des deux auteurs concernant la colonisation. (4 points) 3. En confrontant ces deux documents, montrez que la politique coloniale de la IIIe République a fait l'objet de vifs débats en France. (4 points)

Corrigé et barème

Le total du barème est de 20 points. Les réponses rédigées admettent plusieurs formulations pertinentes ; compare le raisonnement, pas seulement les mots.

Exercice 1Développement construit : 10 points
La IIIe République, née dans la défaite de 1870, parvient à s'enraciner durablement grâce à des lois structurantes et la diffusion d'une culture républicaine. D'abord, les lois constitutionnelles de 1875 établissent un régime parlementaire stable. Les « lois scolaires » de Jules Ferry (1881-1882) sont fondamentales : l'école gratuite, laïque et obligatoire forme des citoyens éclairés, unifie la nation par la langue française et inculque les valeurs républicaines, distanciant les jeunes générations de l'influence de l'Église. Ensuite, la République se dote de symboles forts (fête nationale du 14 juillet, La Marseillaise, devise « Liberté, Égalité, Fraternité ») et affronte ses adversaires. La crise boulangiste (1886-1889) et l'affaire Dreyfus (1894-1906), bien que déstabilisantes, se concluent par la victoire des républicains et aboutissent à la loi de Séparation des Églises et de l'État (1905), achevant l'œuvre laïque. Ainsi, par l'éducation, les symboles et la résolution des crises en sa faveur, le régime devient « la forme définitive » de la France pour ses contemporains.
Exercice 2Analyse comparée de deux documents sur la colonisation : 10 points
1. Le document A date de 1885, au cœur de la conquête coloniale de la IIIe République, menée notamment en Tunisie et en Indochine. Jules Ferry est un républicain opportuniste, président du Conseil, fervent défenseur de l'expansion coloniale. Le document B date de 1904, alors que l'empire est presque constitué. Jean Jaurès est le leader du Parti socialiste SFIO et un député humaniste, farouchement opposé au colonialisme. 2. Jules Ferry défend la colonisation par l'idée de « mission civilisatrice ». Son argument est que les nations européennes, considérées comme « supérieures », ont le devoir moral d'apporter le progrès technique, l'éducation et les valeurs occidentales aux peuples jugés « inférieurs ». C'est une justification idéologique. Jean Jaurès, au contraire, dénonce cette justification comme un prétexte. Son argument est que la colonisation est motivée par des intérêts économiques (exploitation des ressources, nouveaux marchés) et qu'elle s'effectue par la violence et l'oppression, ce qui trahit les idéaux républicains de liberté et de droit des peuples. 3. La confrontation de ces documents révèle un débat fondamental dans la France de l'époque. D'un côté, une majorité républicaine, des milieux économiques et une partie de l'opinion adhèrent au discours de Ferry, mêlant patriotisme, intérêts et sentiment de supériorité culturelle. De l'autre, une opposition diverse rassemble des socialistes (Jaurès), des radicaux (Clemenceau en 1885) et des intellectuels qui dénoncent les coûts humains, les contradictions avec les valeurs nationales et les risques de conflits internationaux. Ce débat montre que la construction de l'empire, bien que réalisée, n'a jamais fait l'unanimité.

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